retour
retour
Aux détours d’une visite bien guidée à l’hôpital psychiatrique de la Havane, nous entrons dans une salle à la longueur infinie. On peut compter une cinquantaine de couchages, au linge de lit immaculé et impeccablement plié au carré, couverture roulée aux pieds. Les lits sont sagement rangés pour optimiser au mieux un espace démesuré, la tête côté mur, lisses et nus ne laissant rien présager de la nature des lieux.
Rien ne dépasse, rien ne traîne. Pas de chaussette sous le lit, pas de poster de vielle Cadillac, de tableaux naïfs ou de danseurs de Son, ou de Merengué. Le monochrome apaise la rétine mais contraste avec les teintes bigarrées que la culture de l'île renvoie à nos pupilles éblouies, par sa population, sa peinture, sa musique ou sa poésie fleurie et colorée. Nul besoin de rangement, d’espace personnel, d’espace privé. Dans ce lieu de repos, le linge est fourni par l’établissement, comme tout ce qui est utile et nécessaire ici. Le commun fait place au privatif. Tout se partage et rien est à soi, l’intime n’est plus lié à l’individu mais au groupe inexorablement. Les sanitaires sont discrètement accessibles au centre de la pièce par un espace juste nécessaire à une personne pour se faufiler.
C’est un lieu où l’on passe la nuit, où l’on récupère d’une journée active, aux ateliers occupationnels ou au stade. Le travail fait soin, outil thérapeutique focalisant l’attention, il canalise les délires et les angoisses, vide les corps et les esprits. Nul besoin de coup de pouce hypnotique, de starter de sommeil, le labeur contient et facilite l’alliance thérapeutique avec Morphée. Le temps n’est pas marqué et l’aiguille ne trotte que dans nos pensées, plus rien n’indique le temps qui passe hormis la clarté traversant les fenêtres dévêtues et inoccultables. L’extérieur n’interagit pas avec une temporalité spécifique à l’univers psychiatrique, le temps est long, long comme une nuit sans réveil ,long comme il peut l’être pour recouvrer une saine pensée.
Une journée à l’hôpital psychiatrique de la Havane
jeudi 24 septembre 2009
Crédit Photo: Didier Vidal Demé